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  Les   CISTERCIENS  

Une des premières dimensions européennes

• En 534, sur le mont Cassin, St Benoît crée son abbaye et dicte sa règle : Ora et Iabora: prie et travaille. Alors un mouvement spirituel et économique se développe et influence l’Europe de façon extraordinaire.

Vers l’an mille un mouvement réformateur venu de Cluny en Bourgogne, transforme l’ordre bénédictin trop enrichi et n’obéissant plus aux règles de St Benoît.
L’abbé Robert de Molesne ne trouvant pas ces réformes suffisantes, décide de fonder une abbaye à Cîteaux et emmène 20 moines avec lui, afin de vivre dans l’austérité, selon la règle de St Benoît.

Cîteaux donne son nom aux cisterciens, et St-Bernard devient le St patron de cet ordre.

Un réchauffement du climat considérable permet de cultiver des régions jadis infertiles.
De nouvelles machines agricoles, telles que la charrue en fer, la herse et la faux rendent le travail plus efficace. On arrive à produire plus de nourriture. Suite à cette évolution des conditions de vie, la population de l’Europe centrale doubla. Villes et Monastères s’enrichirent.

L’ Europe doit une grande partie de cette évolution aux cisterciens.
Il est vrai que les moines et les frères laïques vivaient séparés du monde extérieur, faisant vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Leur travail agricole contribua à l’enrichissement du monastère et au développement économique et civil des alentours.

• En 1489, la récolte de blé était de 1000 tonnes ! ce qui équivaut à 100 wagons, le surplus est vendu aux marchés des villes voisines: Uberlingen, Lindau, Ravensburg, qui dépendaient des produits du monastère.
La viticulture jouait un rôle très important dans la législation: on payait ses amendes avec du vin, exemple celui qui avait juré en public ou celui qui avait quitté sa femme…
Certains impôts seigneuriaux étaient réglés sous forme de vin. De même, de nouveaux citoyens pouvaient aménager en payant avec du vin.

Le monastère fonde des points de vente urbains pour y commercer.
On n’y vendait pas seulement du vin mais on en servait aussi, ce qui était en fait interdit, selon les lois de l’ordre… mais Cîteaux était loin et la production de vin 10 fois plus importante que celle d’aujourd’hui.
La proximité du lac de Constance, rendait possible le commerce fluvial en direction de l’Autriche et de la Suisse.
Le commerce du sel que les moines de Salem avaient judicieusement organisé avec l’évêque de Salzburg prospérait, de nombreuses donations venaient enrichir l’abbaye qui parvint à acheter des objets de valeur sur les marchés de Francfort et Nördlingen: des aubes de lin, de la soie pour les autels, des métaux précieux. A cette époque il y avait 40 sortes de ferronneries.
La pêche jouait aussi un rôle important: les poissons du lac de Constance, ceux de la mer du Nord et de la mer Baltique étaient achetés puis revendus, augmentant les revenus de l’ abbaye.

Les moines consommaient régulièrement du poisson: le vendredi, les 7 semaines de carême, avant Noël et Pâques, remplaçant la viande qui est interdite.

La richesse de l’abbaye n’adoucissait pas la rigidité et la dureté de la vie de tous les jours.

• La journée d’un moine était divisée et rythmée par les prières régulières les réunissant 9 fois par jour, les vigiles à 2 heures du matin durant une heure et demie.
Pendant leur courte nuit, les moines dormaient dans un dortoir, sur des sacs de paille, vêtus de leurs aubes afin d’être prêts à se lever immédiatement.
Au cours de la journée ils ne parlaient pas, la règle était un peu plus douce pour le portier et les frères voyageurs.
Même dans les ateliers, lors de la formation des apprentis, on ne se parlait pas – seulement correspondre brièvement.

En 1233 les moines obtiennent le droit de converser une demi-heure, dans une pièce qui leur est spécialement destinée appelée « pièce du bavardage ».
Devant se faire comprendre, les moines inventèrent un langage se composant de 400 signes avec les doigts: l’index sur le front désignait un clou ou un marteau, la main droite recouvrant la main gauche voulait dire une lanterne…

La Vierge prônant l’égalité pour tous, les moines étaient revêtus d’une aube de laine non teinte, ils devaient aussi se restreindre sur la nourriture, la viande étant réservée aux malades et pour certains cas.
Le petit déjeuner froid, pris vers midi, était composé de légumes, de pain, d’orge et de fromage. Comme boisson, chaque moine avait droit à 2 litres de vin par jour, l’eau étant tellement polluée qu’ils pouvaient tomber malades en la buvant !!
Pendant la période du jeûne, de la mi-septembre à Pâques, il n’était servi qu’un seul repas.
 
 
       
 

En plus de leur pauvreté personnelle, l’obéissance avait un rôle important: les moines et les frères travaillaient sans compter d’où le proverbe: « riche par la pauvreté ».
L’abbaye n’avait pas qu’une richesse économique, mais brillait par son instruction.

• L’abbé de Cîteaux invitait les moines de Salem à compléter leurs études dans l’illustre collège de St-Bernard à Paris, leur disant que la vie parisienne n’était pas si coûteuse qu’on l’imaginait.
Pourtant on envoyait les étudiants vers Heidelberg ou Dilligen. Dans ce sévère collège de jésuites, un jeune moine de Salem attira l’attention car il cassa une fenêtre en jouant au ballon !

• La musique était très appréciée à Salem, en dehors des chorales il y avait 3 orgues dans l’abbatiale. Le dernier abbé Kaspar Oexle, fils d’un facteur d’orgue de Rattweil était lui-même organiste. Les orgues de Salem ont été fabriquées par le maître Karl Ripp à Dijon.
Joseph Haydn a composé un quatuor pour un des abbés de Salem, Robert Schlecht.

Pendant la guerre de 30 ans l’abbaye a été pillée mais au 18ème siècle elle jouit d’une nouvelle renaissance sous la conduite de l’abbé Anselme, qui fit construire Birnau.
L’abbé Anselme conscient de son prestige, imitait en toutes choses l’évêque de Constance qui n’avait pas droit de regard sur l’abbaye, celle-ci dépendait directement du Pape. L’abbé Anselme conduisait un carrosse attelé par 6 chevaux, (ce qui ne lui était pas permis) c’est pourquoi l’évêque de Constance l’obligeait à enlever 2 chevaux pour traverser ses propres domaines!

>> Après 700 ans d’histoire, le cloître a été sécularisé, puis la politique de Napoléon dédommagea les princes
qui avaient perdu leurs possessions sur la rive gauche du Rhin en leur donnant ces biens de l’église.<<

La sécularisation mit fin également à l’histoire des Vaux de Cernay en 1791 ce qui correspondait non seulement aux idées de la révolution française, mais aussi à celles des Années Lumière de l’Europe.
Ces idées avaient déjà pris ses racines pendant la Réforme avec la fermeture des abbayes. Comme en Autriche avec l’empereur Joseph II .
La sécularisation participa en 1803 à l’effondrement de l’empire romain germanique et redessina tout le sud de l’Allemagne.

Le 23 novembre 1804 les moines durent quitter Salem et ce soir là on sonna pour la dernière fois le « Te Deum ».


Carl Friedrsch von Baden admiré dans toute l’ Europe avait conduit son petit pays vers l’abondance, pendant un très long règne. Le poète Schubart décrivait ce petit état du Margrave comme le plus heureux et le mieux organisé du monde.
En effet, le grand Duc libéral laissait vivre ses citoyens dans une liberté remarquable, au temps où les petits états essayaient de se libérer des réformes napoléoniennes.
Plus tard les Margraves ont été fidèles à leur devoir en ce qui concerne l’éducation, l’instruction et l’avenir. Après son abdication comme chancelier du Reich, le prince Max von Baden créa l’école de Salem connue dans le monde entier.
Le château et l’abbaye sont ouverts au public depuis longtemps.

Les Vaux de Cernay ont eu également une histoire mouvementée, en 1873 le Baron de Rothschild a acheté le parc et les bâtiments afin de faire revivre le domaine.

• En 1988, 100 ans plus tard, Mr de Savry achète l’abbaye pour la transformer en hôtel de luxe avec un tennis, un golf, un centre hippique, une piscine et hammam turc.
C’est ainsi que les deux abbayes célèbres ont évolué dans la même direction et peuvent malgré ou de par leur passé troublé se tourner avec espoir vers le futur.

Peut-on dire que, puisque chaque abbaye cistercienne fonctionnait selon la même règle du sud au nord de l’Europe,
que la règle de St Bernard dessinait déjà des frontières retrouvées ce premier mai 2004 ?